Photographe André PILON
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Le Château des dames

Colline aux versants bien exposés, proche des forêts, avec un sous-sol riche en eau et en matériaux, le site du Châtelet-en-Brie est propice à l'implantation d'une population sédentaire. En fait, il est fort probable qu'un village gaulois existait , justifié par la topographie favorable ainsi que par la présence d'une source, qui devait plus tard être mise sous la protection de Sainte-Reine.

Le Châtelet-en-Brie tient son nom du castellarium (ou castelletum ou castellum) un poste militaire (castrum stativum) que les Romains établirent à mi-chemin de Condate (Montereau) et de Melodunum (Melun). Le manoir du château des Dames pourrait marquer le lieu de ce castrum, compte tenu de sa situation sur le bord de la voie antique.

Le village connut ensuite le sort peu enviable des bourgades placées sur les grands chemins d'invasion. L'établissement des Francs, au Vème siècle, n'apporta pas d'amélioration à la vie quotidienne d'une population parvenant difficilement à assurer sa subsistance et quasiment privée de tout droits. Pendant tout le haut moyen-âge, le plateau briard est encore couvert de vastes forêts, les bois de Barbeau, de Valence et de Villefermay, constituant un unique massif. Ce n'est que très progressivement, à partir principalement du XIIème siècle que le défrichement fut entrepris à partir des villages. Des fermes isolées furent alors créées, centre de nouveaux essarts qui progressivement se rejoignirent, pour se constituer en vastes fiefs.

Les grandes fermes du plateau de Brie, conçues comme des maisons fortes autour de leur cour fermée, datent de cette époque où l'insécurité régnait : le Bois Louis et le château des Dames, relais en bordure de l'ancienne voie romaine, mais aussi la Ferlandière, les Grands Champs, la Gringaletterie, le Mesnil... et à la sortie Est du village, Robillard vaste exploitation semble-t-il fortifiée. Malgré le joug féodal, les XIIème et XIIIéme siècle furent une période de relative prospérité, la disparition du servage ayant permis à des paysans de s'installer sur les terres les plus arides des domaines seigneuriaux ou ecclésiaux.

Il y eut aussi des visites plus plaisantes: ainsi, le 24 octobre 1284 celle du futur roi Philippe IV le Bel qui fit escale dans le village. Cest ce même roi qui, après avoir fondé à Poissy le monastère de Saint-Louis pour y accueillir des religieuses dominicaines, leur accorda, en 1314, le droit de justice et certains droits féodaux sur la paroisse du Châtelet et de ses environs, depuis les Ecrennes jusqu'à Héricy.

Avec la guerre de Cent ans, les guerres de religion et les troubles de la Ligue, les siècles suivants apportèrent calamités et pillages, contraignant les maîtres des lieux et les habitants à renforcer les fortifications des châteaux, qui commandait l'entrée Ouest du village, Robillard constituant l'autre défense avancée, à l'Est. La guerre de cent ans porta un coup sévère au marché hebdomadaire et à la foire annuelle de la Madeleine, que les habitants du Châtelet avaient obtenu par une charte de 1308. Ils durent ainsi subir, dans la terreur, en 1358, le passage des troupes de Charles le Mauvais, roi de Navarre, et de ses alliés anglais.

En 1384, ces Dames de Poissy achetèrent la seigneurie du Châtelet et la maison fortifiée que l'on commença à appeler le "Château des dames." Ce château, plusieurs fois reconstruit ou aménagé, est aujourdhui propriété communale.

En 1420, le roi d'Angleterre, Henri V, après s'être emparé de Montereau, fit le siège de Melun pendant 6 mois. Durant cette période, le Châtelet, comme la plupart des villages de la Brie, fut l'objet de pillages répétés, tant de la part des anglais que de celle des Bourguignons, leurs alliés. Les archives attestent que dès 1569, le Châtelet a disposé d'une école pour les enfants de la paroisse. La proximité du pont de Samois a toujours fait du Châtelet un lieu de passage entre la Brie et le Gâtinais. Durant les guerres de religion, le prince de Condé et le duc de Guise s'opposèrent 1'un à l'autre aux abords d'Héricy. Et en 1590 c'est Henri IV, venu de son Béarn, qui traversait Le Châtelet pour aller s'emparer de Melun.

En 1766, le redressement de la route royale est ordonné, les travaux ne furent achevés qu'en 1775. La création d'un relais de " poste aux chevaux ", l'établissement d'une brigade de maréchaussée, et l'ouverture d'un bureau de "poste aux lettres", entraîna un regain d'activité : hôtels, cabarets, assurant l'hébergement des passagers des diligences et véhicules de toutes sortes.

La Révolution mit fin aux droits et privilèges des religieuses de Poissy. Les habitants du Châtelet firent connaître leurs doléances avec un bel espoir de changement, ils plantèrent leur arbre de la liberté, manifestèrent pour défendre leur liberté de culte et vécurent, sans heurts excessifs, cette période agitée.

Sous l'Empire, les Châtelains eurent plusieurs occasions d'accueillir Napoléon ler sur le chemin de la Chasse; en 1809, ils acclamèrent les glorieux soldats de Suchet en route vers respagne ; en 1814, ils retrouvèrent ces mêmes troupes, rappelées cette fois pour stopper l'invasion des Wurtembourgeois et des Russes et ils prêtèrent main forte au général Pajol qui parvint à stopper l'avance ennemie à Montereau. Mais ce ne fut que provisoire. La commune fut alors, pour quatre ans, soumise à l'occupation et au pillage.

L'ouverture de la ligne de chemin de fer de Paris à Lyon en 1851 devait toutefois entraîner la chute rapide de cette vie liée au roulage. L'agriculture redevint à nouveau et pour près d'un siècle le moteur de l'économie locale. Elle connut encore les malheurs de la guerre: en 1870, un groupe de francs-tireurs châtelains s'opposa à l'avance des Prussiens, perdant trois des siens. Le monument élevé en 1919, après la Grande Guerre, porte les noms de 52 disparus; on en ajouta 9 après la tragédie de 1940-1945.

La population du Châtelet fut, évidemment, très touchée par les guerres, les épidémies ou les hivers trop rigoureux comme celui de 1709 qui fit 96 morts ; elle se maintient pourtant, pendant plusieurs siècles, proche du millier d'habitants.

En 1850, la commune manqua l'occasion d'un essor économique et démographique en refusant le passage du train sur son territoire. Mais un siècle plus tard le développement de l'habitat pavillonnaire en Île-de-France et le développement du réseau routier et autoroutier transformèrent le petit village agricole en une bourgade de près de 4560 habitants. De nouveaux lotissements tiennent urbaniser la périphérie de l'ancien village.


Voici quelques photos.


Photo panoramique de la cour du château des Dames


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